Comment nous ne négocions pas avec la qualité de nos produits, chaque cartouche INNOTEC, fabriquée sur notre site à Lunel, est testée sur son imprimante d’origine. Jusqu’à 60 000 pages recto par mois sont donc imprimées pour répondre au process de fabrication ; sans compter notre service R&D qui lui, consomme plus de 11 000 feuilles recto par jour !

La réflexion a été menée pour savoir comment valoriser ce déchet pour répondre à notre responsabilité environnementale et inscrire une action d’économie sociale et solidaire. Depuis 2010, INNOTEC a donc commencé une belle histoire avec l’association Éco-Bloc présidée par Vincent Serra. Il récupère notre papier et travaille en partenariat avec des entreprises et organismes employant des personnes en situation de handicap, pour la fabrication de bloc-notes fabriqués avec notre papier déjà utilisé au recto ! Ce sont nos collaborateurs, partenaires, clients et prospects qui bénéficient du fruit de cette action. Un moyen de partager efficacement les bonnes pratiques. 

Vincent Serra décrit comme un illuminé, est avant tout sensible au développement durable, aux initiatives citoyennes. A travers son engagement dans Éco-Bloc, Vincent Serra enseigne aussi les enjeux de l’économie circulaire à ses élèves en sa qualité de professeur en économie et gestion dans un lycée basé dans l’Hérault. Rencontre….

 

Racontez-nous votre histoire avec Éco-Blocs ?

portrait couleur de vincent serra - éco-blocLes éco-blocs sont nés d’une réflexion sur la manière d’apprendre en lycée en série technologique tertiaire. Il s’agissait à l’époque, en 1996, d’allier apprentissage des techniques tertiaires, motivation de l’élève et écocitoyenneté. Le terreau naturel des techniques tertiaires étant l’entreprise, nous avons cherché à recréer un contexte approchant à l’échelle d’une classe. Qui dit entreprise dit produit. Rapidement, il est apparu que le papier, matière première de base dans un établissement scolaire pourrait constituer notre support. L’éco-bloc standard, bloc-note en papier avec une face utilisée et une couverture préformée, en a découlé. De 1996 à 2008, les éco-blocs se sont déployés dans un cadre scolaire et ont permis à moult élèves d’acquérir une conscience environnementale. En outre, ils leur ont permis de parfaire leurs apprentissages et de mieux appréhender le monde de l’entreprise ; les élèves géraient ainsi les processus commande et communication ainsi qu’un concours inter-établissements de distribution d’éco-blocs et de récupération du papier à l’échelle régionale. À partir de 2008, en raison, en grande part, de l’importance grandissante de l’activité, il fallut passer au stade associatif et se déconnecter du cadre scolaire même si le retour sur investissement pédagogique reste très important, les cours étant irrigués d’études de cas issus des éco-blocs. Depuis, l’activité, qui a rencontré son marché, s’est enrichie d’éco-blocs personnalisés et se déploie à l’échelle nationale. Nous sommes quatre bénévoles, tous issus de l’enseignement. Nous avons un camion qui nous permet de récupérer le papier et de livrer les éco-blocs.

 

Comment l’action éco-blocs est-elle accueillie lorsque vous la présentez pour la première fois ?

Selon à qui on la présente, l’action est plus ou moins bien reçue, cependant en général l’accueil est favorable voire même enthousiaste pour qui a la fibre illuminative…

 

Qui sont actuellement vos partenaires ?

visuel de l'éco-bloc d'INNOTEC

Sur la durée de l’action, nous avons été en contact avec près de 400 organisations de toutes natures établissements scolaires, administrations, associations, entreprises, collectivités territoriales, pour des partenariats multiformes : récupération du papier, fabrication, transport, communication, conseil, commande, pédagogie. Le partenariat instigué avec INNOTEC est, lui, riche de tous ces éléments à la fois. Il fait entrer l’association éco-bloc dans les processus de l’entreprise tandis que je fais entrer INNOTEC dans mes cours à travers exercices et études de cas. Il y a là une vraie fertilisation croisée qui se prolonge par des visites de l’entreprise. Par ailleurs, j’ai remarqué la grande prégnance sociale et sociétale de l’entreprise, les nombreuses certifications environnementales en témoignent, sans oublier, alors que l’entreprise est soumise à des impératifs de marché, les qualités humaines des responsables patients et à l’écoute, ce dont j’ai pu juger l’année dernière à un moment où l’activité éco-bloc ne suivait plus le rythme d’enlèvement du papier.

 

Selon vous, quels sont les freins au développement de l’association Éco-bloc ?

La dimension associative et le bénévolat montrent leurs limites face à une demande croissante. Il s’agit désormais de passer à une phase entrepreneuriale via la mise en place d’une Société Coopérative à Intérêt Collectif (SCIC) dans la mesure où ce type de structure intègre des partenariats multiformes, ce qui correspond bien à notre activité. Cependant, cela nécessite, entre autres, le passage au salariat et à la TVA. Pour ce deuxième point, nos prix étant relativement bas, cela ne devrait pas poser problème. Par contre, assumer un salaire et les charges liées oblige à atteindre une masse critique de ventes.

 

De quels moyens auriez-vous besoin pour les lever ?

Soit, nous continuons à faire faire nos éco-blocs, cela nous condamne à des marges réduites et à devoir compenser par une échelle qui nécessite du temps de prospection et donc du salariat, ce que nous ne pouvons pas faire financièrement encore. Nous pouvons toutefois commissionner, cependant cela réduirait encore plus les marges. Pour desserrer l’étreinte, la solution passerait par des commandes en gros provenant de grands comptes ou bien de centrales d’achats. Soit, nous faisons nous-mêmes nos éco-blocs, dans ce cas, cela nécessiterait des moyens financiers d’importance pour louer un local, acheter les machines et embaucher au moins trois personnes.

 

Quelques chiffres

Poids de papier récupéré depuis le début de l’action 99 tonnes
Équivalents arbres sauvés (pins des landes hauteur 15 m, circonférence à 1,30 m du sol : 90 cm) 653 arbres
MWh d’électricité économisée 95 MWh
M3 d’eau économisée 1997 m3 d’eau
M3 de pétrole économisé 98 m3 de pétrole
Émissions de CO2 évitées 275 tonnes
Nombre de postes de travail financés 5 postes annuels
Nombre d’éco-blocs fabriqués depuis le début de l’action 252632 éco-blocs

Vincent Serra : « Contrairement aux pays germaniques, dans les pays latins, on pense généralement d’abord à soi avant de penser aux autres. »

De plus en plus d’initiatives voient le jour comme l’ouverture sur Paris de la maison du zéro déchet ou encore le développement de repair cafés un peu partout sur le territoire, vous qui êtes sur le terrain, ressentez-vous une prise de conscience collective quant à l’importance de la gestion et réduction des déchets ?

Oui absolument, au début de l’action éco-bloc, j’avais le sentiment de ne pas être compris. Parfois les éco-blocs étaient considérés avec dédain. Aujourd’hui c’est l’inverse. Je reconnais l’importance de la communication institutionnelle dans cette prise de conscience collective. Ainsi l’année dernière, fatigué, j’avais décidé d’arrêter les éco-blocs et pourtant les commandes arrivaient nombreuses en raison de la communication autour de l’Agenda 21. Les éco-blocs marchaient tout seuls comme le canard à qui on a coupé le cou et qui marche encore. Il ne me restait plus qu’à me recoller le cou pour relancer l’action.

 

Comment sensibilisez-vous vos élèves aux enjeux de l’économie circulaire ?

Une conversion douce, à basse intensité, s’est opérée dans les programmes qui, de facto, ont rejoint la plupart des thématiques liées à l’éco-bloc. Désormais, dans la série Sciences et Technologies du Management et de la Gestion (STMG), nous enseignons toutes sortes de concept en lien avec l’économie circulaire : développement durable, responsabilité sociale de l’entreprise, mercatique durable, valeur étendue du produit, écoconception, économie de la fonctionnalité tandis que nous fustigeons l’obsolescence programmée ainsi que l’écoblanchiment (green washing).

 

Vous êtes souvent décrit comme l’illuminé de l’Éducation nationale ? Vous en pensez quoi ?

Contrairement aux pays germaniques, dans les pays latins, on pense généralement d’abord à soi avant de penser aux autres. L’esprit collectif n’y est pas diffusé aussi largement par contre il est concentré dans certains individus, l’histoire de France en témoigne. Ces individus-là, souvent décriés ou moqués au départ, le qualificatif employé dans la question en témoigne, lorsqu’ils ont fait la preuve de leurs vertus collectives sacrificielles, par une pédagogie de l’exemple, sont capables d’instiller, lors, à grande échelle cet esprit collectif. Aussi est-ce un honneur pour moi d’en être.

 

Que pouvons-nous vous souhaiter pour les prochains mois ?

De trouver d’autres illuminé(e)s…


Coordonnées :

Association Éco-Bloc – 4 rue du Courreau – 34380 VIOLS LE FORT
vincent.serra@ecobloc.org 06 45 50 41 46 / 04 99 62 80 39