Leader Montpellier, présidé par Patrick Viallet, Directeur de Développement d’INNOTEC, a le plaisir d’accueillir Pierre Pelouzet, Médiateur national des Entreprises et François Perret, Directeur Général de PACTE PME. Un moment d’échanges à ne pas rater pour tout savoir sur les pouvoirs de la médiation nationale, la charte des acheteurs responsables, connaître les avantages de Pacte PME pour un Business Act à la Française. Dans le cadre de cet événement, nous avons posé quelques questions à Pierre Pelouzet et François Perret.


RDV le 19 septembre a la CCIR à Pérols (99 Impasse Adam Smith, 34470 Pérols) à 13h30.
Les places sont limitées. PME / PMI et ETI, nous vous attendons en grand nombre et avec plaisir.
Pour vous inscrire à l’événement.


En une phrase, pouvez-vous nous expliquer la mission principale de la Médiation des entreprises et de Pacte PME ?

Pierre Pelouzet : Le médiateur des entreprises est placé auprès du Ministre de l’Économie et des Finances. Notre équipe met à disposition un service gratuit visant à restaurer la confiance entre entreprises et entre entreprises et acheteurs publics lorsque leur relation est fragilisée.

Pierre Pelouzet – Médiateur national des Entreprises

François Perret : La vocation de Pacte PME, c’est d’aider les petites et moyennes entreprises à se développer en s’appuyant sur le levier de la coopération avec les grands groupes. Nous proposons à ces derniers et aux entreprises de moins de 250 salariés des outils pour mieux travailler ensemble : des plateformes collaboratives (pour co-innover, partager des compétences, co-exporter…), des dispositifs individualisés de renforcement et d’accélération des PME avec l’aide des grands groupes (avec une seconde édition qui démarre en octobre prochain), mais aussi une offre de Conseil pour aider les petites sociétés à mieux « séduire » les grands comptes, etc.

Confiance et coopération sont deux mots qui reviennent souvent : comment cela se traduit-il sur le terrain ? 

PP : La confiance est pour moi un des facteurs clé de la reprise économique. Tant que les chefs d’entreprises n’auront pas de visibilité à long terme, ils auront tendance à attendre et à retarder leurs investissements et les embauches. Il s’agit là d’un constat macroéconomique mais cet état d’esprit se traduit tous les jours dans les cas de litiges qui sont pris en charge par les médiateurs régionaux et nationaux. Le manque de confiance, de communication aboutissent à des situations parfois absurdes où il suffirait de se connaître davantage pour trouver une solution. La confiance réciproque entre partenaires permet un meilleur partage de l’information, une exploitation optimale des compétences, et donc de développer une vraie relation de coopération. En ce sens, ces deux termes sont intimement liés.

FP : Il ne faut pas se le cacher : l’histoire des relations entre les grands groupes et les PME en France a été tumultueuse. Les délais de paiement inter-entreprises, encore élevés aujourd’hui, sont là pour témoigner qu’en 2017 ce n’est toujours pas simple de « vivre ensemble » et de respecter l’autre, quelle que soit sa taille. Mais les lignes bougent, car les grands groupes ont pris conscience que le respect et la confiance réciproques revêtent non seulement une dimension éthique fondamentale, mais apparaissent aussi comme une condition de développement à l’ère de l’innovation ouverte et de la mondialisation. Le « petit » est souvent plus agile. Il est donc un allié plus naturel du plus grand dans la compétition internationale aujourd’hui.

François Perret, Directeur Général de PACTE PME

Selon certaines études, le mandat du Président de la République, Emmanuel Macron donne de l’embellie à l’économie française. Ressentez-vous cet optimisme chez les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises ?

PP : J’étais présent à l’Université d’été du MEDEF fin août et j’ai pu y rencontrer beaucoup de chefs d’entreprises. Il ne me revient pas de commenter l’impact positif ou négatif de l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir mais j’ai pu constater comme la plupart des observateurs, que depuis quelques mois, les indicateurs économiques montrent que la situation s’améliore et c’est aussi un élan positif que j’ai ressenti en échangeant avec les entrepreneurs. Ce mouvement de fond devrait à court terme permettre de retrouver une certaine confiance.

FP : Les entrepreneurs français peuvent compter depuis plusieurs mois sur une véritable embellie conjoncturelle. C’est un fait. La croissance mondiale s’est affermie. Le climat des affaires a retrouvé des niveaux d’avant crise, y compris dans l’industrie. Le nombre de défaillances a enfin reculé en 2016 pour descendre significativement en dessous de 60 000 par an. Même les prévisions d’investissement sont nettement plus élevées cette année.

Mais ces premiers signaux ne doivent pas aveugler : dans mon ouvrage « Pour en finir avec la stagnation économique française » (L’Harmattan, février 2017) et dans mes dernières chroniques chez Forbes (cf. notamment, « La croissance est un plat qui se mange froid », 8 juillet 2017), je rappelle la nécessité d’accélérer la transformation de nos entreprises pour pleinement bénéficier de cette conjoncture plus favorable. Actuellement, trop peu de PME sont armées pour relever les défis de la révolution technologique et de la mondialisation : moins de 2 000 d’entre elles déposent au moins un brevet chaque année ; seules 125 000 entreprises parviennent à exporter tandis qu’une PME sur cinq seulement dispose d’une véritable stratégique numérique…

Il faut accélérer. Les réformes actuellement engagées (Ordonnances Travail) ou annoncées par le gouvernement (baisse de l’imposition sur les sociétés et de la fiscalité du capital) vont faire du bien. Mais les entrepreneurs doivent prendre conscience qu’il faut mettre le pied sur l’accélérateur, indépendamment même des efforts complémentaires que devra faire l’Etat de son côté pour les soutenir : il y a encore beaucoup trop de normes dans ce pays, par exemple. Et cela pénalise le développement des PME françaises.

Pierre Pelouzet : « La RSE est une des clés, un des engagements sur lesquels nous basons l’amélioration de la relation clients/fournisseurs. »

 

Le 19 septembre à la CCI Occitanie vous allez présenter la charte Relations Fournisseur Responsables et le Business Act, quels sont les bénéfices que peuvent en retirer les PME, PMI et ETI de la Région Occitanie ?

PP : Les entreprises qui formalisent leur engagement en faveur d’une démarche d’achats responsables donnent un excellent signal à tout leur environnement, notamment aux fournisseurs. Cette démarche implique une responsabilité économique, territoriale et environnementale et engage les donneurs d’ordre dans un mécanisme pérenne de soutien aux filières et de protection de l’innovation.

Cette charte vise à faire évoluer les relations afin de construire, dans un cadre de confiance réciproque, une relation durable et équilibrée entre ces derniers. Il s’agit d’instaurer une vraie relation de confiance entre les entreprises de la région qui va forcément créer les conditions d’un développement économique local dynamique et sain.

FP : Pacte PME a créé au début de la décennie 2010 un Observatoire des pratiques des grands donneurs d’ordres à l’égard de leurs fournisseurs. Et ça marche ! Grâce à ce dispositif d’évaluation annuelle des grands comptes, des progrès sensibles sont enregistrés : désormais, ce sont près de 25% des commandes des grands groupes adhérents à Pacte PME et se soumettant à cet exercice qui sont orientés vers les PME françaises contre à peine 16% lorsque nous avons commencé cet exercice en 2012. Qui plus est, certains grands groupes sont allés jusqu’à formaliser une politique d’ensemble à l’égard des PME françaises (je pense à des groupes industriels comme Sanofi, Air Liquide, Thales pour n’en citer que quelques-uns et aux grands réseaux bancaires, d’autant plus soucieux du développement des PME…qu’elles sont leurs clientes).

Des pratiques partenariales fortes se mettent en place à l’initiative des grandes entreprises, même si leur « réflexe start-up » est en général, il faut le reconnaître, plus marqué aujourd’hui que leur « réflexe PME ».

La RSE (norme ISO 26 000) comprend des engagements, avec des objectifs, auxquels les actions du Médiateur et de Pacte PME concourent parfaitement, ce qui est logique et vertueux, et les acheteurs sont en train d’exiger des actes des entreprises dans ce sens dans les appels d’offres et consultations : la mise en avant de la RSE n’est-elle pas une action qui devrait être plus poussée ? 

PP : La RSE est une des clés, un des engagements sur lesquels nous basons l’amélioration de la relation clients/fournisseurs. La charte Relations fournisseur responsables n’est ni plus ni moins qu’une charte RSE Achats. On y préconise 10 bonnes pratiques à respecter dans une relation équilibrée. Près de 2 000 entreprises ont signé cette charte ce qui signifie que la RSE est au cœur des discussions. Tout le pan économique de la RSE se retrouve dans ces relations de confiance et il faut encore axer tous nos efforts là-dessus.

FP : Les lignes bougent vraiment. Souvenez-vous que dans les années 1970 lorsqu’on interrogeait un grand économiste comme Milton Friedman sur la responsabilité sociale des entreprises, il répondait : « la seule responsabilité sociale des entreprises est d’augmenter leur profit ». Une telle réponse ferait scandale aujourd’hui. Chaque entreprise prend petit à petit conscience de l’impact de son activité sur l’environnement dans lequel elle intervient. Les économistes parlent d’« externalités » positives ou négatives. Mais ce qu’on n’explique pas encore suffisamment, c’est que la RSE est non seulement vertueuse par nature sur le plan social et environnemental, mais qu’elle peut avoir aussi des effets favorables en termes de compétitivité et d’innovation pour celui qui s’y lance dans la durée. La RSE pousse l’entrepreneur à la différenciation… donc au succès commercial.

François Perret : « …à la fin de l’année, nous serons en mesure de dévoiler le contour d’une toute nouvelle plateforme de « co-exportation », qui va permettre aux PME et aux grandes entreprises de mieux répondre ensemble à des appels d’offres étrangers et de mieux se compléter à l’international. »

 

Le rôle et les actions du Délégué à l’Innovation sont à souligner : c’était la seule possibilité d’éviter le syndrome du pot de fer contre le pot de terre ; quelle analyse en faites-vous ?

PP : La mise en place d’une mission innovation au sein de la Médiation confiée au Délégué à l’Innovation, a été l’une des premières mesures à se concrétiser, parmi les quarante annoncées par le Premier Ministre en novembre 2013 dans le cadre du Plan « une nouvelle donne pour l’innovation ». Dans ce domaine spécifique, essentiel pour la compétitivité de notre économie nationale, les sources de litiges entre les acteurs, qu’ils soient publics ou privés, sont nombreuses. Elles portent sur la propriété intellectuelle et industrielle, les conditions de transferts de technologies, les partenariats entre recherche publique et privée, l’accès au crédit d’impôt recherche ou innovation. Il était donc important de mettre en place des outils permettant de favoriser le développement de ces entreprises mais notre travail ne s’inscrit pas dans un contexte de « protection des petits contre les gros ». Nous cherchons avant tout à créer un cadre de relations inter-entreprises qui permettent une meilleure communication et collaboration. Concernant le CIR/CII, nous avons mis en place, avec la médiation des ministères économiques et financiers, un processus spécifique de médiation afin que les entreprises innovantes aient la possibilité de renouer un dialogue constructif avec l’administration.

Par ailleurs, afin que les entreprises innovantes (PME, TPE, Start-up) puissent durer et se développer, des travaux portant sur la collaboration entre donneurs d’ordre et PME/TPE ont permis d’identifier et de diffuser des bonnes pratiques, au sein de PACTE PME ou de l’Alliance innovation ouverte. Les sujets, sources de litiges, y sont traités. Par sa participation, la Médiation des entreprises y apporte son expérience et son savoir-faire méthodologique en termes de médiation.

Enfin, le financement des entreprises innovantes fait partie des sujets prioritaires de la mission innovation de la Médiation des entreprises et de la Médiation du crédit, avec l’objectif de fédérer la valeur ajoutée de tous les acteurs du financement publics et privés au bénéfice de l’entreprise innovante et de son développement.

FP : En complément des travaux de la Médiation des entreprises, nous travaillons avec Philippe Berna, son délégué à l’innovation, à promouvoir des pratiques vertueuses d’« innovation ouverte ». A ce titre, nous avons publié ensemble l’an dernier un guide de bonnes pratiques, qui éclaire grands groupes et PME sur la manière d’innover ensemble, en étant respectueux de la propriété intellectuelle de chacun.

Le portage par les grandes entreprises à l’international est très attendu : que mettez-vous en place pour que ça soit un réel « boost » pour nos PME et ETI à l’international ?

FP : nous avons interrogé les entrepreneurs à l’automne 2015 pour savoir s’ils parvenaient à exporter avec des grands groupes. Le résultat de cette enquête a été un véritable détonateur : à peine 5% des TPE/PME interrogées ont déclaré avoir eu une expérience d’internationalisation conjointe avec un grand compte au cours des cinq années précédant l’enquête.

On s’est donc mis au travail. Et à la fin de l’année, nous serons en mesure de dévoiler le contour d’une toute nouvelle plateforme de « co-exportation », qui va permettre aux PME et aux grandes entreprises de mieux répondre ensemble à des appels d’offres étrangers et de mieux se compléter à l’international. Elle sera présentée le 4 décembre prochain à Bercy.

Qu’est-ce que nous pouvons vous souhaiter pour les mois à venir ?

PP : Vous pouvez me souhaiter que ce genre d’événement qu’est la signature de la Charte RFR par les adhérents du groupe LeadeR se multiplie car cela signifiera que de plus en plus d’entreprises prennent conscience que l’achat responsable est le garant d’une relation de confiance qui ne peut qu’être bénéfique au développement d’un secteur. Si je peux formuler un deuxième souhait, ce serait de voir d’ici quelques mois, ces mêmes entreprises obtenir le label RFR. Au-delà de s’engager à promouvoir des bonnes pratiques, cela signifierait qu’elles ont fait la preuve de relations durables et équilibrées avec leurs fournisseurs.

FP : je n’irai pas jusqu’à dire « la disparition de Pacte PME ». Mais elle signifierait en tout cas que l’économie française a moins besoin d’un intermédiaire pour structurer le dialogue entre les entreprises de grande et de petite taille. Ce serait évidemment une bonne nouvelle. Mais je pense que le vrai défi, c’est de mieux faire émerger les bonnes pratiques partenariales entre les PME et les grands groupes et de mieux les diffuser. Si je devais faire un « rêve », c’est de voir notre pays rattraper l’Allemagne en termes de nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) : elles sont aujourd’hui trois fois plus nombreuses que chez nous. Si nous y parvenions, cela signifierait que nos entreprises parviennent à grandir et qu’on peut être véritablement confiant dans l’avenir à l’horizon 2030…


Le pré programme

  • 13h30 : Présentation Médiation des Entreprises
  • 14h15 : Présentation de la  « Charte Relations Fournisseur Responsables » avec signatures de la Charte par les entreprises volontaires (la charte et les compléments d’informations vous seront envoyés suite a votre inscription).
  • 15h15 : Présentation de Pacte PME et des ses apports pour nos entreprises.
  • 16h30 : Échanges avec la salle, cas concrets exposés avec témoignages adhérents.
  • 17h30 : Apéritif convivial.

Pour vous inscrire à l’événement.


Biographie de Pierre Pelouzet

Le 22 novembre 2012, Pierre PELOUZET a été nommé Médiateur des relations interentreprises par décret du Président de la République et placé sous la tutelle d’Arnaud MONTEBOURG, ministre du Redressement productif. Pierre PELOUZET est Président de la CDAF depuis août 2006 (Compagnie des dirigeants et acheteurs de France) et a d’ailleurs co-écrit la Charte des relations inter-entreprises en 2009. Il est également Vice-Président de Pacte PME, de l’Obsar (Observatoire des achats responsables) et à la tête de l’association Pas@Pas pour des achats solidaires. Depuis 2007, il occupait le poste de Directeur Achats Groupe de la SNCF (soit 12 milliards d’euros de dépenses – 700 acheteurs). Précédemment, il fut Directeur des Achats du groupe CEGELEC et Directeur des Achats France et Europe du Sud du groupe EXXON MOBIL. Auparavant, il y a également exercé diverses fonctions dans les achats et le marketing à travers le monde (Londres, Afrique, Nouvelle Orléans, Washington). Diplômé d’une maîtrise en sciences économiques, de l’ISG (Institut supérieur de gestion) et de l’INSEAD, il a débuté sa carrière dans la division biomédicale du groupe HITACHI.

Biographie de François Perret

François Perret est Directeur général de Pacte PME depuis février 2015. Diplômé de Sciences Po (Paris) et ancien élève de l’ENA (promotion Robert Badinter), il a occupé plusieurs fonctions au sein du ministère de l’Economie et des Finances, dont celle de Conseiller PME de la ministre chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique (2012-2014). Il est l’auteur de « Pour en finir avec la stagnation économique française » (L’Harmattan, février 2017) et intervient comme chroniqueur chez Forbes (France) depuis le début de l’année.